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"Frères de sang", extrait : "Le scrutateur d'angle".

 Le scrutateur d'angle Un autre jour, on m’envoya chez Herr Hoffmann, chercher des ouvrages de latin dans son armoire. Je me souviens qu’arrivé devant la porte, j’avais trouvé dans le couloir Heinrich Hammel, un des grands. Il était souvent puni. En général, Hoffmann l’obligeait à rester à genoux sur une règle carrée, ou alors il le mettait dans un coin, avec interdiction absolue de bouger. Quand je parle de coin, il faut l’entendre au pied de la lettre : la tête dans l’angle formé par deux murs, comme collée à la glu.             Hammel s’y retrouvait si souvent que son visage me donnait l’impression de s’être adapté à cette inclinaison de quatre-vingt-dix degrés. Il était là, à détailler le moindre grain, la plus petite imperfection dans la peinture. Pour moi c’était sûr, il connaissait une intimité certaine avec ces quelques centimètres carrés de maçonnerie. La topographie des cloques, des effritements, des coulures e...

"Frères de sang", extrait, "Noir chromé".

 Un extrait de mon "Frères de sang", pour l'instant inédit :  Noir chromé Arrivé au 11 Lemgoerstrasse, je me suis souvenu que Franz m’avait interdit de revoir Ernst. Comment faire ? Je résolus de l’attendre dans l’escalier. Qu’il fût chez lui ou dehors, dans un cas comme dans l’autre il passerait forcément par là, c’était la seule entrée. Alors je m’assis sur les marches. Il faisait froid dans le passage. Le vent mugissait en s’engouffrant sous le porche. Je n’avais pas prévu de rester immobile ; au bout d’un moment j’avais les jambes glacées. Je les serrais l’une contre l’autre, décidé à ne pas bouger tant que je ne verrais pas mon ami ; je me recroquevillai, les bras passés autour des cuisses. Dans la pénombre glauque, je sentais mon esprit vagabonder. Les poubelles s’alignaient dehors, trapues, ternes… tout était sale et laid ici. Peu à peu, mes yeux se fermaient ; je finis par m’assoupir à moitié, dans cette position incommode. Je souffrais, la chaleu...

Parcours

Bonjour à tous,  Je suis connu essentiellement pour avoir publié une trilogie noire, "L'ombre du chat", "Désordres", "Trajectoires terminales", aux éditions de l'Atalante, en 1994, 1997 et 1999. C'est la trace la plus officielle de ce que j'aie pu accomplir, jusqu'à présent.  Folio Polar devait rééditer la trilogie, mais un désaccord commercial est apparu après la parution du premier opus. Les choses en sont donc restées là.  Depuis, j'ai écrit un roman fantastique court, qui va sortir au printemps 2024 chez Rivière Blanche, "Le palais des tourments".  Et puis, entre 2008 et 2016, j'ai consacré énormément de temps et d'énergie à un gros roman se situant entre 1920 et 1945, en Allemagne. Un texte écrit à la première personne. Mon narrateur, Wolfgang, raconte comment il est tombé dans les filets du nazisme, s'est laissé séduire et, par une sorte d'escalade d'engagement, s'est retrouvé à commettre des ...